4. novembre 2011
Récolter ce que l'on n'a pas semé
C'est la saison de la récolte du soja à Capanema, dans le sud-est du Brésil, aussi pour l'agriculteur biologique Roberto Rama. Le voisin Ernesto a mis sa moissonneuse-batteuse et ses services de conduite à disposition contre rémunération, l'ami Mindo son camion pour le transport.
Roberto Rama peut être satisfait, la période sèche a peu endommagé ses plantes, les fèves jaune pâle sont de bonne qualité. Depuis novembre, il a planté, semé et désherbé selon les directives biologiques Demeter. Cela signifie nettement plus de travail, mais à la fin de la récolte est récompensé par des prix jusqu'à 60 % plus élevés que sur le marché local. Pourtant Roberto Rama reste prudent, car il sait que l'utilisation de la moissonneuse-batteuse comporte des risques. Ces dernières semaines, d'autres agriculteurs l'ont également utilisée, parmi eux des personnes cultivant du soja génétiquement modifié. Ainsi, les équipements et les surfaces de chargement des camions peuvent être contaminés et présenter encore, même après un nettoyage approfondi, des traces de plantes génétiquement modifiées.
Quelques heures plus tard, l'inquiétude de Roberto Rama se confirme : un test rapide au centre de réception de gebana Brasil montre que son soja contient de très faibles traces d'organismes génétiquement modifiés (OGM). Son soja est traité séparément et ne peut plus être exporté. Il reçoit néanmoins la prime biologique de la part de gebana Brasil, car les agriculteurs n'en sont pas responsables. Pourtant, le résultat du test rapide est frustrant pour lui : « Je cultive consciemment en biologique depuis de nombreuses années, on fait tout consciencieusement et pourtant cela ne sert à rien. Le soja génétiquement modifié est pour nous un problème sérieux », constate Roberto Rama, dépité. Les contaminations ne sont pas le seul problème : de fines poussières de pollen provenant des champs OGM voisins peuvent aussi contaminer les parcelles cultivées en bio. Tous les acteurs le savent, mais ce sont surtout les agriculteurs bio concernés qui s'en inquiètent réellement.
A quelques kilomètres de là, Abelino Murinelli est également en train de moissonner son champ. Il nous montre en souriant son outil de travail, une faucille, et explique qu'il fauchera toute sa plantation de soja à la main. Sa famille et ses voisins l'aident. On rit, on s'amuse de notre visite et on accepte le travail plus long et plus dur. « Que cela prenne plus de temps ne me dérange pas. Plus de travail fait partie de notre quotidien en tant qu'agriculteurs bio. Mais ainsi je sais qu'aucune graine ne se perd et que mon soja reste propre », nous explique Abelino Murinelli.
La culture d'organismes génétiquement modifiés constitue un grave problème pour les agriculteurs biologiques de Capanema et donc aussi pour gebana Brasil, dont la solution ne peut consister en des jours de travail manuel. Une loi interdit toute plantation génétiquement modifiée dans un rayon de 10 km autour de chaque parc national brésilien, y compris autour du parc national d'Iguaçu, qui borde directement Capanema. L'adoption de la loi en 2007 n'a cependant rien changé : le soja génétiquement modifié fait toujours partie du paysage courant dans la région de Capanema. Depuis février de cette année, l'application de la loi est toutefois à nouveau en discussion, ce qui laisse espérer : pour les agriculteurs biologiques comme pour gebana Brasil, une application stricte serait d'un grand soulagement.