gebana : Les coopératives sont régulièrement critiquées. Et pourtant, elles sont indispensables au commerce équitable. Pouvez-vous expliquer le lien ?
Michael : Selon les normes Fair Trade de FLO, les petits producteurs doivent être organisés en groupe ou en coopérative pour pouvoir être certifiés. La raison de cette exigence est qu'ils disposent ainsi d'une plus grande capacité de négociation face aux grands clients.
Cela semble d'abord bien. Quels sont, selon vous, les problèmes ?
Michael : Les coopératives ont effectivement des bons côtés. Elles favorisent la communication avec les agriculteurs et si elles investissent la prime Fair Trade dans quelque chose d'utile pour tous les membres, c'est bien.
Patrick : Malheureusement, ce n'est pas toujours le cas. Les flux d'argent des coopératives ne sont souvent pas transparents. Que ce soit pour l'utilisation de la prime Fair Trade ou pour le paiement des agriculteurs. Les collecteurs de la coopérative, qui récupèrent le cacao chez les paysans, travaillent par exemple souvent pour leur propre profit : ils trichent lors de la pesée du cacao ou disent au paysan que son produit est de qualité inférieure et qu'il recevra donc un prix plus bas. Pour le paysan, ces tromperies sont difficiles à déceler. C'est pourquoi il est si important pour nous, chez gebana Togo, d'acheter directement auprès des paysans et de les payer directement. Ce n'est que ainsi que nous pouvons contrôler que l'argent arrive effectivement et intégralement chez le paysan. Dans notre principale région de culture, Kpalimé, nous payons déjà 80 % des paysans directement, c'est-à-dire pas via la coopérative. Dans la région de Badou, où nous travaillons depuis peu, ce chiffre est de 35 %. Nous voulons atteindre 100 % partout à l'avenir.
Le fait que vous achetiez directement auprès du paysan plutôt que via la coopérative signifie une perte de pouvoir pour la coopérative. Comment avez-vous pu amener la coopérative à accepter cela ?
Patrick : Cela a été une lutte difficile ! La coopérative a même cessé de nous livrer du cacao qu'elle nous avançait. Mais de plus en plus d'agriculteurs ont constaté qu'ils bénéficiaient de livrer directement à gebana : des balances correctement réglées, des prix justes. Ainsi la pression sur la coopérative a augmenté. Finalement elle a accepté de nous laisser acheter directement auprès des paysans.
Vous avez aussi évoqué l'utilisation de la prime Fair Trade. Elle devrait être transparente, après tout elle est contrôlée par un organisme de certification externe, non ?
Patrick : Oui oui..., mais les organismes externes vérifient les factures. Et comme on dit : « le papier supporte tout ». Et au Togo cela vaut aussi pour les factures. Par exemple, des montants trop élevés sont facturés. Un contrôleur externe qui vient une fois par an et qui intervient dans un autre contexte ne s'en aperçoit pas.
Selon vous, les coopératives sont-elles d'ailleurs pertinentes en tant que forme d'organisation ?
Michael : En soi oui – mais alors que cette forme est historiquement enracinée en Amérique latine, elle est ici en Afrique de l'Ouest une forme « imposée » et pas du tout ancrée dans la société. Il règne encore une logique de clan, les structures démocratiques n'ont pas de tradition. Les coopératives nous demandent d'ailleurs sans cesse de l'aide pour l'organisation.
Patrick : C'est un problème de gestion : à la tête d'une coopérative comme de toute autre organisation, il faut les bonnes personnes. Une personne avec une vision, qui veut faire avancer l'ensemble – la communauté, la région. Mais pour la plupart des dirigeants ici, il s'agit bien trop souvent seulement de pouvoir et de leur propre famille. Cela tient bien sûr aussi à l'éducation...
La semaine prochaine, vous lirez ici la deuxième partie de l'entretien sur les thèmes de la pauvreté, des revenus et du travail des enfants.