Passeur et ouvrant de marchés
Texte et image de Wolf Südbeck-Baur
Niangoloko. La société zurichoise Gebana AG prépare la voie aux mangues biologiques et issues du commerce équitable d'Afrique de l'Ouest vers les consommateurs suisses.
Le responsable d'entrepôt Mahamadi Traoré montre fièrement l'entrepôt à mangues de la coopérative de producteurs TON, où quelques caisses de mangues fraîches attendent leur tri et leur transformation dans l'installation de séchage. Sa collègue Fati Ouedraogo est, dans l'espace de stockage couvert de tôles ondulées, occupée à retourner chaque fruit à la main et à vérifier sa consistance ; elle écarte les mangues trop mûres et donc trop molles pour le séchage. L'association fondée en 1991 et qui compte aujourd'hui 33 producteurs de mangues à Niangoloko, Burkina Faso, a déjà accompli un travail considérable, déclare le coordinateur de TON Issaka Sommandé. Les petits paysans emballaient déjà en 2007 25 tonnes de mangues séchées pour l'exportation vers l'Europe dans des sacs en plastique. En 2000, lorsque la collaboration avec l'entreprise zurichoise de commerce équitable Gebana AG a commencé, il s'agissait de deux tonnes.
Grâce à la prime pour l'école
Selon Issaka, la production de mangues séchées apporte aux 430 employés de TON – majoritairement des femmes – un revenu qui, converti, s'élève à 2,50 Fr. par jour, soit 20% de plus que le revenu moyen annuel de 500 Fr. au Burkina Faso. À l'ombre des arbres sur le terrain de TON, les nombreux motoculteurs témoignent du potentiel de développement des microcrédits que les membres de la coopérative peuvent puiser dans un fonds de leur organisation.
Le chef de la coopérative souligne que les revenus générés, y compris les 24 000 Fr. de primes, permettent aux membres de la coopérative de « mener une vie normale ». Ces primes ont été versées à TON en 2007 en raison du label Max Havelaar pour le commerce équitable, entre autres par Coop via Gebana Afrique. La coopérative, qui compte 154 familles d'agriculteurs membres, a utilisé la prime pour l'achat de fournitures scolaires, pour la vaccination des enfants contre le tétanos, la diphtérie et la polio ainsi que pour l'acquisition d'un moulin à céréales. De plus, la prime permet de constituer des réserves financières afin d'assurer l'entretien des machines et des installations de séchage.
Augmentation énorme des ventes
La prospérité de la coopérative TON est étroitement liée au partenariat commercial des producteurs de mangues TON avec Gebana Afrique. L'entreprise commerciale basée à Zurich établit un pont entre les agriculteurs et les consommateurs en Suisse. David Heubi, directeur de Gebana Afrique, joue le rôle d'ouvre‑marché pour les familles de petits producteurs. « Nous achetons les mangues séchées auprès de nos partenaires – au total nous travaillons au Burkina avec six coopératives – et nous nous chargeons de la distribution en Europe, principalement en Suisse. » Le volume d'exportation de mangues biologiques et issues du commerce équitable se serait ainsi multiplié par plus de dix en cinq ans. Cette augmentation considérable a surtout pu être réalisée grâce à l'entrée des grands distributeurs suisses.
Croissance grâce au label de qualité
En 2008, la Gebana AG trouvera via la vente directe en Suisse vraisemblablement plus de deux fois plus d'acheteurs pour les mangues séchées qu'en 2006, soit environ 5,5 tonnes supplémentaires. Une contribution importante à la réalisation de cette croissance – Gebana mise délibérément sur une stratégie de croissance – est due au commerce équitable et à la certification des mangues par le label de qualité Max Havelaar, affirme Heubi. « Sans ce label, nous n'aurions pas accédé au marché suisse et européen dans une telle mesure. »
Gebana et le président du conseil d'administration Adrian Widmer s'en réjouissent d'autant plus que l'histoire à succès des mangues démontre que le marché est manifestement capable de payer des valeurs économiques, écologiques et sociales ; des valeurs, soit dit en passant, créées par des familles de petits paysans et des transformateurs locaux comme la coopérative TON au Burkina Faso.
http://www.tagblatt.ch/aktuell/wirtschaft/tb-wi/art149,717021