16. mars 2016
Nous grandissons
Que signifie une croissance durable ?
Adrian Wiedmer : La croissance est un principe de la vie. Tout ce qui est vivant croît, et même lorsqu'il ne semble rien se passer, les organismes se renouvellent constamment.
Les entreprises croissent d'une part pour pouvoir supporter les coûts croissants. Mais surtout, elles croissent parce que les gens demandent les produits et services proposés. Les entreprises pour lesquelles la demande est forte grandissent, d'autres disparaissent.
Si les produits sont choisis pour les bonnes raisons, parce qu'ils consomment par exemple moins de ressources ou sont socialement plus responsables que d'autres, alors une croissance durable se produit. Un exemple concret : si l'on achète une orange gebana au lieu d'une orange conventionnelle, alors gebana se développe, une entreprise conventionnelle réduit sa taille et le monde devient un peu plus durable.
Pourquoi la croissance est-elle si importante pour gebana ?
Adrian : gebana veut créer un accès au marché pour les petits producteurs et relier clients et paysans au sein d’un réseau – en gros, directement à la ferme, et partout dans le monde !
Nous travaillons souvent dans des régions et des pays très risqués et essayons aussi de créer des entreprises là où la plupart des acteurs conventionnels n’osent pas s’aventurer. S’ajoute le facteur risque naturel : il est imprévisible et provoque parfois de fortes fluctuations des volumes de récolte et des prix.
Pour mieux répartir ces risques et organiser notre structure de manière à pouvoir faire face à cette complexité, nous avons besoin d’une certaine taille. Ce n’est qu’ainsi que l’on peut compenser d’éventuelles pertes à un endroit par des gains ailleurs.
Que s'est-il déjà passé ?
Adrian : gebana s'est énormément développée depuis la dernière crise de 2009-2012. L'une des leçons les plus importantes de cette période de crise a été que nous sommes plus stables que nous le pensions – parce que nous faisons partie d'un réseau solide et que notre travail est apprécié et soutenu par beaucoup. Cela nous a donné un nouveau courage et une nouvelle confiance en nous.
Nous avons constaté que notre concept fonctionne. Il s'agit maintenant de le multiplier. Pour cela, nous avons élaboré un plan pour grandir avec des partenaires et nous renforcer mutuellement. Tout cela pour une même cause commune.
Quelles répercussions cela a-t-il pour les petits paysans et les employés des usines de transformation ?
Adrian : Avant tout, nous pouvons désormais travailler avec davantage d’agriculteurs et aussi embaucher plus de personnes. C’est particulièrement important dans les régions où il y a très peu d’emplois.
Notre croissance nous donne plus de confiance pour investir, par exemple dans un nouvel entrepôt de fèves de cacao au Togo. Outre les améliorations de la qualité et la création de valeur locale qui en découle, nous souhaitons à l’avenir également investir davantage dans l’amélioration des conditions et de la sécurité de travail.
Comment gebana va-t-elle changer à cause de cela ?
Adrian : gebana se structure et se professionnalise. De plus en plus de personnes prennent davantage de responsabilités dans différents domaines. Il nous tient particulièrement à cœur de préserver nos valeurs malgré la croissance. Pour cela, nous essayons sans cesse de remettre nos décisions en question dans le dialogue avec nos producteurs, nos collaborateurs et nos clients.
Comment la croissance doit-elle se poursuivre ?
Adrian : En ce qui concerne les sites dans le Sud, nous cherchons un équilibre entre le principe « small is beautiful » et la nécessité de croître jusqu'à une taille adaptée au produit correspondant et à la région. Cette taille idéale permet une gestion locale efficace, une perte éventuelle reste toutefois acceptable pour gebana.
Pour la croissance future, nous voulons donc répartir le risque en intervenant dans davantage de lieux, en améliorant les structures et les processus et en recrutant encore plus de personnel bien formé.
Quels sont les plus grands défis pour gebana ?
Adrian : D’abord, nous ne devons pas « surchauffer ». Nous sommes certes une très bonne, mais petite équipe et la charge de travail ainsi que les coûts doivent rester maîtrisés. Ensuite, nous devons devenir plus rentables, car sinon la croissance entraîne un endettement plus important et donc plus d’instabilité. Troisièmement, nous devons veiller à ce que les valeurs et l’orientation de gebana soient préservées. Elles sont finalement la raison pour laquelle nos clients, producteur·rice·s, collaborateur·rice·s et investisseurs nous soutiennent.
Quel objectif gebana s'est-elle fixé ?
Adrian : Notre rêve est de devenir un véritable et vaste « réseau de connexion au marché » bien fonctionnel, dans lequel des dizaines de milliers d'agriculteurs livrent à des centaines de milliers de consommateurs finaux ainsi qu'aux meilleurs magasins, supermarchés et transformateurs. Cela devrait rendre le commerce un peu plus équitable, la culture et la chaîne d'approvisionnement un peu plus durables et permettre aux clients d'obtenir des produits de meilleure qualité.