«Nous délogeons le client de son trône», s’écria Wiedmer le 22 novembre 2019 dans la salle blanche bien remplie du Volkshaus de Zurich. Quelques secondes plus tard, un murmure parcourut les rangs des investisseuses et clients de gebana.
Adrian Wiedmer avait projeté sur l’écran le dessin d’une guillotine. À côté de la machine d’exécution : l’exécuteur et dans sa main la tête du roi exécuté. Ce n’est qu’un symbole, rassura Wiedmer ses invités avec un sourire aux lèvres. Certes, un symbole un peu accentué, provocateur. Mais il l’entendait sérieusement.
L’humain et l’environnement sont les perdants du système commercial actuel. Un système qui n’est efficace qu’au regard des coûts. Les responsables, ces bourreaux sans scrupules, rejettent la responsabilité des conséquences négatives de ce système sur leur roi, le client. Comme une cour corrompue, ils le manipulent et peuvent souvent compter sur le fait que leur roi croit volontiers tout. Tant que sa vie de luxe n’est pas menacée, il détourne le regard.
Notre message est donc le suivant : ensemble, nous changeons les règles du commerce mondial. Nous en avons déjà parlé plusieurs fois ces dernières semaines. Les règles que nous changeons se trouvent ici.
À l'exemple du Burkina Faso, nous avons montré aux investisseuses et aux clients réunis au Volkshaus comment nous transposons nos nouvelles règles dans la réalité.
Au Burkina Faso, cette année nous impliquons pour la première fois 2553 paysannes et paysans directement dans notre chiffre d'affaires. Cela signifie qu'en plus du prix pour les noix de cajou brutes (en moyenne environ 65 centimes par kilo) qu'ils nous livrent, ils reçoivent 10 pour cent du prix de vente (soit 38 francs par kilo).
Au 22 novembre, nous avons versé l'équivalent de presque 80 000 francs à 1003 paysannes et paysans. 671 d'entre eux ont reçu leur part par paiement mobile, le reste en espèces. Les 1550 familles paysannes restantes seront payées d'ici le 15 décembre 2019.
Les familles paysannes reçoivent un montant compris entre 7 et 164 francs. Décisive est la quantité de cajous livrée par tout un village. À l'intérieur d'un village, nous versons le même montant à toutes les familles paysannes.
Nous étendrons progressivement cette approche à d'autres pays.
Au Volkshaus, après la présentation de Wiedmer, la séance s'est poursuivie par une série de questions auxquelles Wiedmer, la responsable de la communication Sandra Dütschler et Elvira Zingg de l'équipe Développement ont répondu à des questions critiques. Le cercle des questionneurs comprenait Frank Eyhorn, CEO de BioVision, Dominik Waser, activiste climatique et fondateur de grassrooted, ainsi que Carolin Schaar, de gebana Berlin.
Le trio a provoqué avec des questions comme « Que faites-vous si les paysans apprennent combien vous leur payez ? Ne risquez-vous pas alors qu'ils vous fourguent, en plus de leurs fruits bio, aussi les produits conventionnels de leurs voisins ? »
Le risque existe effectivement, a reconnu Elvira Zingg. « Mais grâce au contact direct avec les familles paysannes et au fait que la participation au chiffre d'affaires est la même pour tous au niveau du village, nous pensons pouvoir maintenir ce risque à un faible niveau. »
Le soir, Andreas Jiménez, nouveau président du conseil d'administration de gebana, et Susanne Wittig, qui est également nouvelle membre de notre conseil d'administration, se sont également présentés. Avec eux, nous avons trouvé des personnalités extrêmement compétentes dont nous profiterons sans aucun doute de l'expérience.
Andreas Jiménez a été directeur général de Max Havelaar Suisse et de Biopartner, Susanne Wittig s'engage depuis de nombreuses années auprès d'Ashoka Suisse et dirige aujourd'hui sa propre société de conseil pour les entreprises qui veulent allier réussite économique et impact social.
Il y a ensuite eu de courts exposés des têtes derrière l'Initiative pour la responsabilité des entreprises, des fondateurs de Nikin, qui souhaitent produire avec nous et les deux entreprises Haelixa et Ecos un T-shirt durable et traçable, d'une représentante de BioVision, qui a parlé de son projet d'épices, ainsi que de Dominik Waser. Il a parlé du gaspillage alimentaire, de son association et de l'abonnement sauveur de légumes.
Tous avaient également installé des stands d'information dans la salle du Volkshaus, où nos investisseuses pouvaient s'informer en détail sur les différents projets.
Après les présentations, la séance de questions et la présentation du nouveau conseil d'administration, les investisseuses et clientes ont pu participer activement. Sur cinq tableaux blancs disposés dans la salle, nous les avons invitées à partager leurs réflexions et idées pour nos cinq nouvelles règles.
Les travaux recueillis ont été utilisés le samedi suivant lors d’un atelier avec des activistes de Suisse, d’Autriche et d’Allemagne. Nous utilisons ces ateliers pour échanger sur le fond avec des personnes qui partagent nos valeurs et notre vision.
Vous pouvez télécharger les résultats ci‑dessous au format PDF.